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Mare Nostrum ou Oceano nox ?

Des êtres humains sont prêts à tout sacrifier, y compris leur vie, dans l’espoir d’un avenir meilleur symbolisé par notre vieux continent. Alors qu’en réalité, la solidarité y semble bien malade…

La mobilité des personnes constitue un phénomène ancestral, propre à l’humanité et plus encore à l’histoire de notre civilisation. Les migrations ont toujours existé, existent et existeront toujours.[1] Beaucoup d’entre nous en sont le fruit.

De nos jours, les migrations sont rendues spectaculaires par le phénomène de mondialisation. Elles font peur par leur caractère supposé invasif. Et nous ne sommes pas proches d’en voir la fin. L’une des causes est d’ailleurs à rechercher dans le mépris affiché par nos pays « riches » à l’égard des pays en développement, de ceux qui en subissent le chaos inextricable, de ceux qui cherchent logiquement à le fuir.

Les laïques, au nom de leurs valeurs humanistes, défendent une politique qui accompagne, encadre, garantit les conditions dignes de cette mobilité. Avec un constat initial : il est vain de vouloir prohiber ce qui relève de l’inéluctable.

La société solidaire que nous contribuons à construire ne peut laisser les plus vulnérables de côté, à bord d’esquifs de fortune… Il est pour nous un impérieux devoir : faire entendre la voix des sans-voix et les sortir des griffes des mafias de « passeurs ».

Simplement, au nom des droits humains, au nom des valeurs universelles de liberté, d’égalité et de solidarité.

Nous revendiquons une politique de migration qui respecte le droit à une égale mobilité de tous et échappe à toute forme d’exploitation. Le parcours du migrant chercheur d’asile comporte une série inadmissible d’infractions aux traités de sauvegarde des droits humains. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme en témoigne cruellement.  Il convient donc de revisiter sous cette lumière la plupart des lois et procédures relatives à l’asile et à la migration.

Le principe réside dans la liberté de circulation. Comme toutes les libertés publiques, celle-ci, pour être effective, doit être encadrée, protégée par des garanties et des instances publiques supérieures capables de les faire respecter. Il ne s’agit pas d’ouvrir du jour au lendemain toutes les frontières ; nous sommes bien conscients des effets secondaires que cela pourrait entraîner.

La liberté de circuler doit de plus être foncièrement assortie au principe d’égalité de droits, de traitement, de devoirs et de participation. À cet égard, nous ne saurions envisager l’accueil des migrants sans leur garantir les conditions d’hébergement et de vie dignes, fussent-elles provisoires.

Il convient en outre, pour faire échec aux mafias, d’organiser la filière migratoire par les voies officielles, dans des conditions sanitaires acceptables et exemptes de danger pour l’intégrité des personnes.

L’intégration des migrants doit, enfin, s’organiser pour éviter l’émergence d’un sous-prolétariat potentiellement criminogène par la force du besoin.

Ces objectifs peuvent certes être atteints par étapes progressives.

Parmi les mesures initiales, l’officialisation de l’accueil des migrants doit passer par une procédure simplifiée en termes de visas, en cohérence avec la politique de sûreté menée par les États pour lutter contre le terrorisme. Un droit de séjour limité et conditionnel pourrait être accordé aux migrants qui répondent aux critères, dans le respect des conditions d’accueil dignes. Enfin, des services spécialisés pourraient se charger d’étudier, en concertation avec les migrants, des stratégies de retour qui garantissent la sécurité et la viabilité des familles, en instaurant, par exemple, un système de microcrédit pour les candidats entrepreneurs.

Un tel changement nécessite une évolution des mentalités et beaucoup de pédagogie. Il est en effet aisé pour les plus fragiles ou certains populistes de faire du migrant le bouc émissaire idéal.  

Ce chantier est indispensable à l'application d’une véritable politique d’interculturalité, voire de cosmopolitisme.

Il s’agit pour nos gouvernements et la société civile d’accompagner, de rendre compréhensibles et légitimes les évolutions dictées par l’intérêt général et le respect des personnes.

La question des migrations pour motif de guerre ou d’extrême pauvreté relève, à n’en point douter, de nos idéaux démocratiques.
 

Henri Bartholomeeusen, président du Centre d’action Laïque

[1] A ce sujet, lire François De Smet « La marche des ombres », Liberté j’écris ton nom, Bruxelles, 2015.