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Les évêques partent en croisade : CP

On se rappellera aisément que l’an dernier, la FAPEO avait appelé les parents à demander la dispense du "cours philosophique"», conformément à la décision rendue peu auparavant par la Cour Constitutionnelle les déclarant facultatifs.

Que n’a-t-on entendu alors? La ministre de l’époque avait convoqué manu militari les fauteurs de troubles à s’expliquer en son cabinet, après avoir déclaré que  "ce qui est inadmissible, c’est simplement d’avoir des acteurs de l’enseignement qui font pression sur les parents, au mépris des règles du droit scolaire" [1]. Alors qu’en l’occurrence, la Fédération des parents de l’enseignement officiel ne faisait que s’adresser à ses ouailles. Que cela plût ou non, elle était dans son rôle.

Or, que voit-on aujourd’hui? Que les évêques francophones de Belgique viennent d’envoyer une lettre destinée aux parents de l’enseignement officiel dont un enfant suit le cours de religion catholique pour les inciter à ne pas déserter ce cours. Ce qui est scandaleux de la part de la FAPEO serait donc admissible de la part des évêques?  Le silence de la ministre de l’Éducation sur cette différence de traitement est interpellant. Point de convocation manu militari des évêques place Surlet de Chokier. Pas de déclaration outrée à la presse comme le fit jadis la ministre précédente alors que cette sortie épiscopale s’apparente à une violation pure et simple de la séparation des Églises et de l’État. Enfin, le chemin suivi par cette missive pour parvenir aux parents pose également question. Est-ce le rôle des inspecteurs et enseignants du cours de religion de relayer ce genre de courrier via le cartable des élèves de l’école officielle, comme l’explique à mots à peine couverts Tommy Scholtès, porte-parole des évêques[2]? Et en quoi l’association des parents de l’enseignement catholique, eux aussi destinataires de ce courrier, sont-ils concernés?

Revenons au contenu de cette lettre. À première vue, elle paraît bien anodine et pourrait même passer, si l’on n’en connaissait pas l’auteur et que l’on ignorait les références au cours de religion catholique, pour un plaidoyer en faveur du cours commun de philo et de citoyenneté…

Au-delà de cette iconoclaste similitude, de quoi les évêques se mêlent-ils?

À quel titre tentent-ils d’influencer les parents d’un réseau que ces derniers ont précisément choisi pour ne pas dépendre de la volonté du clergé? Cette ingérence dans la gestion de l’enseignement public nous pose question. Jamais le mouvement laïque ne se serait permis de contacter les parents du libre confessionnel sur des questions convictionnelles!

Cette initiative malheureuse a quelques précédents dans l’actualité: l’annonce par Étienne Michel, patron du SEGeC, de l’organisation prochaine d’un cours de religion islamique dans l’enseignement catholique; la retape faite par la ministre pour une formation dite "philo-théo" par des enseignements et des textes catholiques dont cette particularité fut pudiquement cachée; et la récente découverte de la présence, dans l’enseignement officiel, d’officines fondamentalistes venues prêcher contre l’avortement dans le cadre d’un prétendu cours d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. Et maintenant, voici que les professeurs de religion catholique, peut-être appelés à donner demain un cours de citoyenneté supposé neutre, s’érigent en dispensateurs de la bonne parole épiscopale… De qui se moque-t-on?

Dans cette optique, il nous faut souligner l’extrême ambigüité de deux phrases extraites de la fameuse lettre des évêques aux parents: "Nous nous réjouissons du fait que le cours de religion catholique soit toujours proposé dans les écoles. En effet, supprimer le cours de religion catholique signifierait reléguer les convictions religieuses à la seule sphère privée, ce qui, pour un État démocratique, serait un appauvrissement": d’abord, il n’a jamais été question de le supprimer, puisque la Constitution l’impose, mais de le rendre facultatif, comme le demande la Cour Constitutionnelle. Mais nous expliquera-t-on en quoi un cours de religion catholique plutôt qu’un cours de citoyenneté dans l’enseignement officiel renforce la démocratie?  Et celle-ci: "Maintenant que des décisions sont prises, allons de l’avant et faisons pleine confiance à la compétence des maîtres et professeurs de religion catholique. Leur cours contribue au plus grand bien de vos enfants".

Confiance pour quoi? Pour assurer la neutralité du cours de citoyenneté ou pour le rendre conforme aux souhaits des évêques?

 

[1] http://www.enseignons.be/2015/05/06/pourquoi-la-fapeo-embarrasse-joelle-...
[2] Le Soir, 10 juin 2016, p.8