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Étienne Michel ou l’opportunisme comptable

Nous avons bien retrouvé le style d’Étienne Michel dans l’interview que lui a consacré « Le Soir » (24 mai 2016) à propos du (futur) Pacte pour un enseignement d’excellence. S’il est deux qualités qu’il faut reconnaître au
patron du Segec, c’est son inébranlable foi dans l’enseignement catholique et sa légendaire impartialité. M. Michel propose ses priorités et son approche budgétaire alors même que les arbitrages politiques n’ont pas
encore été rendus. Autrement dit, rien n’est encore décidé, mais le Segec a déjà, lui, tiré ses conclusions. De surcroît, il ignore des accords politiques précédemment conclus1. Calife à la place du calife.

Comme souvent, le discours de M. Michel est à mille lieues des préoccupations des citoyens : le projet pédagogique. M. Michel, « expert en finances publiques » comme le rappelle l’article, ne témoigne d’aucun autre souci, dans cette réforme fondamentale de notre enseignement, que celui de l’argent qui reviendra au réseau catholique. Tout au long de son interview, il assène des montants. À commencer par son total final : 1,4
milliard ! Qu’est-ce que cela cache ?, demande le journaliste. « L’estimation des montants en jeu pour les principales mesures ». Ah ? Bon.

Le premier paquet des réformes examiné par l’homme fort du Segec est chiffré à 70 millions. Prière de le croire sur parole. Pareil pour le « deuxième paquet », la réduction de l’échec scolaire : 40 millions. Détail des coûts ? Qu’est-ce que cela inclut ? Nous n’en saurons rien. Mais en quoi est-ce un problème, puisque personne ne lui demande de l’expliquer ? Profitons-en pour lui rappeler que l’échec scolaire coûte chaque année 395,837 millions d’euros2 en vertu de quoi, ce qu’il présente comme un coût est en réalité une fameuse économie.

Mais le meilleur reste à venir. Pour M. Michel, « la nouvelle organisation des cours philosophiques [que son réseau refuse d’entériner] permettra progressivement une économie annuelle de 16 millions par an : il est évident qu’organiser un cours de citoyenneté pour tous les élèves, c’est beaucoup moins coûteux que d’organiser un éventail de cours de religion et de morale. » Autrement dit, le Segec se verrait bien profiter de la manne économisée par le réseau officiel grâce à ce cours de citoyenneté qu’il refuse lui-même d’organiser dans son réseau. M. Michel a une conception très particulière de l’utilisation des ressources du réseau officiel : celle du « financement égal » des réseaux pour autant que le sien conserve, voire renforce, les privilèges acquis depuis le Pacte scolaire de 1959. Le beurre et l’argent du beurre…

Sur sa lancée, M. Michel ne peut s’empêcher de jeter des pierres dans le jardin de l’enseignement officiel : « Ma préférence, c’est que toutes les écoles atteignent un jour le même niveau de subvention que celui de
l’officiel.3 En attendant, il y a peut-être moyen d’assurer plus d’égalité en envisageant une utilisation plus rationnelle de certains moyens, en particulier dans le réseau le mieux doté ». Traduction : « Si le réseau officiel
dépensait moins, il y aurait plus pour le réseau privé. »

Merci, Monsieur Michel, pour vos leçons de gestion à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Contact presse : Benoît Van der Meerschen. 0497 29 46 72

1 Comme, par exemple, la formation des professeurs.
2 FWB – ETNIC, Les indicateurs de l’enseignement 2015, 10e édition, 2016, page 17
3 Avec ou sans les mêmes contraintes ?