Communiqué de presse - Un bâti beau pour tous ?
Comme chaque année à pareille époque nous revient Batibouw, avec son cortège de célébrations de la « brique dans le ventre » qui serait l’apanage de chaque Belge digne de ce nom. Certes, il n’est pas discutable que chaque Belge – et chaque citoyen dans le monde – apprécie de disposer d’un logis qui fait de lui une personne digne. Or il faut bien constater que malgré l’étalage annuel des technologies de l’habitat, nous sommes bien loin du compte. Se loger est devenu un luxe pour un nombre grandissant de personnes, dépassant largement le cadre des 15% de Belges vivant sous le seuil de la pauvreté. C’est bien pour cela qu’en tant qu’association animée par les valeurs d’égalité et du droit de chacun à vivre dans la dignité (étroitement liées à son idéal de liberté), le Centre d’Action Laïque souhaite attirer l’attention sur ce que la grande foire des bien-logés n’a pas vocation de montrer.
Nous savons que la Confédération Construction organise, le jour de l’inauguration, un forum pour ses membres sur le thème de la « construction durable ». L’occasion de rappeler que le développement durable, c’est la fusion de trois axes interdépendants et indissociables : l’économique, l’environnemental et le social. Alors que le secteur de la construction se présente comme un acteur majeur de l’économie nationale avec un chiffre d’affaires représentant environ 10% du PIB belge, il faut préciser que le logement est aussi l’un des principaux motifs d’exclusion sociale. De plus en plus de personnes fragilisées vivent dans des locaux insalubres ou se retrouvent à la rue. La spéculation immobilière n’a fait qu’aggraver la crise : des logements restent vides et certains propriétaires n’hésitent pas à demander des loyers scandaleusement élevés pour des taudis. Pour les 10% des ménages bruxellois les plus pauvres, le loyer représente jusqu’à 64% des revenus !
Faut-il rappeler que le droit à un logement décent pour tous est inscrit dans la Constitution belge depuis 1994 (article 23) et est reconnu au niveau international par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (article 25-1) ? Cette Déclaration dont on fête cette année les 60 ans et que la situation précaire de milliers de mal-logés célèbre d’une bien triste façon. Dans le cadre de Batibouw, les bien-logés vont bénéficier de primes pour l’amélioration de l’isolation, de la performance énergétique, d’aides à l’acquisition et, certainement, d’incitants à l’achat de technologies sans doute bien confortables. Quant aux mal-logés, les primes éventuelles ne leur seront d’aucun secours. En effet, une aide à la rénovation est conditionnée, par définition, à un investissement du propriétaire ou du locataire, et les allocataires des logements qui ont le plus besoin d’une rénovation sont dans l’incapacité de réaliser cette dépense. Rien n’est donc possible pour eux sans une politique volontaire de réhabilitation d’un parc immobilier vieilli et insalubre.
Le CAL a déjà souligné que la crise du logement n’est pas seulement une crise d’offre, mais aussi une crise d’accès. C’est pour cela que le CAL plaide pour une politique du logement permettant à chaque citoyen de mener une vie digne dans un logis décent. Nous avons proposé, dans notre Mémorandum 2007, un certain nombre de pistes d’action qu’une volonté politique pourrait matérialiser : encadrement des loyers, réforme de la fiscalité immobilière, révision de la place du prix du logement dans l’indice-santé[1], une nouvelle péréquation cadastrale[2], créer un fonds de garantie locative unique, taxer les logements vides au profit du logement social, ouvrir des logements de transit, accorder la priorité au logement social dans les communes, réhabiliter les friches industrielles en logements mixtes favorisant les jeunes ménages originaires du tissu local, etc. Tout ceci peut sembler fort technique, mais les décideurs savent de quoi il retourne. La question du financement de ces mesures a déjà été évoquée par le CAL dans son Mémorandum ; nous y proposons des mesures concrètes qui s’appuient, notamment, sur des formules alternatives et originales de partenariats publics-privés, telles les obligations souscrites par les fonds de pension (entre autres pistes diverses). Alors que la Belgique s’émerveille de l’étalage des richesses technologiques de l’habitat moderne se réclamant « écolo-compatibles », le Centre d’Action laïque appelle de ses vœux un logement solidaire et généreux, respectueux des droits élémentaires et de la dignité de chacun ; dans cette vision, un événement comme Batibouw devrait être, pour ceux qui en détiennent les clés, l’occasion entre toutes de faire participer à la fête du logement les citoyens à qui la chance a, un jour, tourné le dos. Tous ensemble, relevons ce défi ! Dès aujourd’hui et, pourquoi pas, comme thème du prochain Batibouw ? Le Centre d’action laïque
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